Conte des Arbres Ô Mille Magies :

Lujinanja la tant aimée

Il était une fois une rivière vive, joyeuse qui dévalait allègrement ce lit qui était le sien depuis des millénaires, dessiné pour elle au gré des sursauts de notre Terre, qui enfantait ses collines, ses montagnes, ses vallées, ..

Le nom secret qui lui avait été donné à la naissance était "Lujinanja" et elle avait dessiné inlassablement tel un serpent rutilant, les pentes et les cascades, les replis de terrain, les coudes, caressant, roulant au gré de ses humeurs les galets et grains de sable. Elle emportait tout ce qui touchait ses flots et ne pouvait résister à sa force liquide ; Tout ceci était son royaume.

Bien des mondes vivaient d’elle, en elle, autour d’elle grands et petits, visibles ou non. Elle était la Vie en ces lieux, son énergie vitale, et était chérie de tous.

Droplet reflection par r-91

Picadilly Sweet

Les arbres s’inclinaient sur son passage, s’humectant de cette bruine qu’elle dispensait si généreusement alentour.

Les hommes l’appréciaient beaucoup aussi, quelques uns venaient à elle et elle les laissait jouer de sa fraîcheur, l’utiliser pour leurs besoins. C’était une belle entente que tout cela.

Pourtant il y avait quelquefois, des moments terribles qu’elle percevait de ce monde humain qui lui semblait bien cruel. Mais ils lui semblaient si jeunes encore, si brutaux dans leurs attitudes, comme tous, elle pensait que cela passerait lorsqu’ils auraient grandis.. Et leurs enfants étaient si beaux…

Ses sœurs, les autres rivières avec qui elle communiquait puisqu’elles sont une même âme, commençaient pourtant à lui parler de certains actes désolants, de constructions qui les ralentissaient, les bloquaient, elles qui vivaient au plus près du monde des hommes turbulents.

Elles craignaient de ne plus pouvoir suivre leurs cours séculiers, ceux qui leurs avaient été alloués à leur naissance. L’inquiétude grandissait donc et Lujinanja se sentait moins joyeuse désormais, elle s’inquiétait pour ses sœurs aimées.

 

Les Ondines et les Sirènes qui sont les esprits de l’Eau de même que les Fées et les Elfes qui sont ceux de la Terre, essayèrent de la rassurer, de l’apaiser, chacun essayant à sa façon de lui offrir mille hommages afin qu’elle retrouve sa joie.

Les Etres merveilleux de la Nature qui en composent l’esprit et en créent l’harmonie sont subtils, impalpables.. leurs énergies pourtant instillent tels des fils d’or évanescents, ces liens qui unissent chaque être de ce Monde. Ils sont les Enfants primordiaux de cette Terre.

 

Lujinanja si douce aimait la paix et l’harmonie. Ce chemin par lequel ses flots coulaient inlassablement depuis si longtemps, ne côtoyait que peu l’humanité et serpentait au milieu de terres encore sauvages.

Elle était habituée à ce calme bruissant de vie qui régnait en maître sur son passage, ses rives étaient essentiellement faites de bois profonds, de falaises, de roches acérées, ce qui l’avait préservée d’intrusions trop intempestives.

Un jour, elle n’entendit plus l’une de ses sœurs, le lien s’était rompu… Sa jumelle, la même essence, le même berceau s'était tu…

Elle essaya de savoir, d’écouter au fil des flots ce qu’il était advenu. Elle se sentait déchirée et découvrait cette émotion de perte si terrible.

 

Les esprits de la nature lui expliquèrent qu'elle traversait l'une de ces épreuve qui transforme les êtres. Qu’il en était ainsi dans ce monde qui devait évoluer et que des périls jalonnaient la destinée de chacun, des drames aussi. Ils lui parlèrent de "grande Alchimie", qu'il fallait apprendre la patience, la confiance aussi et que rien n‘était irréversible, qu'un jour tout irait bien à nouveau.

Mais Lujinanja n’écoutait plus, ses autres sœurs s’affaiblissaient, il était question d’empoisonnements, de barrages construits.

Pour elle désormais, tout n’était que peurs, inquiétudes, son monde fracassé. Elle ne voyait plus la beauté mais le désastre, elle n’entendait plus les chants des oiseaux mais le silence des flots aimés. Elle n’entendait plus les mots  qui tentaient de l’apaiser, elle n’était plus que souffrance.

Victor Nizovtsev - Promise

Une nuit, ses flots ralentirent peu à peu. Sans un murmure, dans le silence de la nuit, sans même qu’aucun des êtres enfants de cette obscurité ne s’en rendent compte.. Elle s’effaça.

Elle décida de retourner dans le berceau qui l’avait vu naître et de retrouver la douce sécurité des entrailles de la Terre, sa Mère. Qu’ainsi elle serait protégée.

Depuis une grande désolation règne sur ce lieu délaissé. Tous pleurèrent beaucoup la disparition de celle qui est encore tant aimée.

Droplet reflection - R91

Patrice Aguilar Gorges de la Nesque

Frères et sœurs fidèles et vaillants, tous attendent encore son retour car sans elle, les lieux se sont vidés et les voix se sont tues peu à peu. Et la force vive, la joie, la vie qu’apportaient Lujinanja manquent cruellement, comme une déchirure béante qui ne peut  se refermer.

 

Cela s’est passé il y a bien des saisons maintenant mais encore à ce jour, nombre d'entre nous n'a oublié..

 

Lujinanja, entends ces mots d’amour qui sont pour toi !

Ils sont comme un grand souffle surgit de bien des coeurs :  Dans cette nouvelle ère  faite d’espérances nous t'appelons.

Tes sœurs, les Eaux de cette terre et celles des nuages t’espèrent aussi.

Reviens chère Lujinanja,  la tant aimée, reviens ! Car le temps des enfants nouveaux est arrivé !

PerseaSia

Waiting for dinner - Minghui Yuan