Conte des Arbres Ô Mille Magies :

L'histoire du pou devenu fou

Il était une fois….

Elle était fille de la Lune, du Soleil et des Étoiles, et lorsque ses pas foulaient les herbes de la Terre, elle se sentait émerveillée à chaque fois par cette harmonie subtile qui unissait tous les êtres de la Nature, du plus infime au plus grand.

Qu’ils soient fait de plumes ou de poils, ou gorgés de chlorophylle, colosses bardés d’écorces aux ramures agrippées au ciel, les cimes déchirant les nuages…

Elle sentait son cœur battre à l’unisson de leurs tempos intérieurs, rythmés par ceux de la Terre.

En ces temps là, l’harmonie régnait donc, et ce monde était un havre ou bien des Dieux et Déesses, Êtres merveilleux de magie et d’amour venaient se ressourcer, rêver, déambuler. Les eaux ruisselaient librement à leur gré et les gouttelettes miroitaient en paillettes d’argent sur le dos lisse des géants de pierre, créant une multitude d’arcs en ciel dont les rayons colorés peignaient ce monde de couleurs chatoyantes.

 

Roberto Nieto

Etsyfra 2010

Nul ne se demandait pourquoi il était ici bas ni ce qu’il venait y faire. Chacun était simplement ce qu’il devait être, constituant sans s’en rendre compte, une pièce unique et indispensable à cette harmonie digne de la plus belle symphonie : la merveille de la Vie..

Chacun était .. Et permettait ainsi à d’autres créatures d’être, comme d’autres aussi, lui permettaient de le faire.

 

Un jour pourtant, alors que tout était comme à son habitude idéal et d’un équilibre parfait, un pou qui jusqu’à présent vivait heureux sans se poser de questions, subsistant d’une douce mousse de couleur verte, qui tenait elle-même son équilibre harmonique d’un crustacé aux belles pattes rouges, fut pris d’une idée folle.

 

Pourquoi me direz-vous ? Nul ne le sut vraiment, même à cette époque oubliée depuis bien longtemps maintenant…

 

Certains racontent pourtant, qu’il accepta mal un beau matin, que d’autres poux puissent partager sa douce mousse, celle qu’il aimait tant. Pourtant comme toutes les mousses de ce peuple, celle-ci était en mesure de permettre une vie savoureuse et équilibrée à des dizaines de poux !

Ceux-ci étaient de petits êtres gris argentés, d’un naturel doux et calme, bien qu’un peu mélancolique pour certains, souvent rêveurs.

 

 

Mais lui un beau jour, n’accepta plus ce partage. On dit de lui aussi, qu’il crût bien longtemps qu’il était du peuple des tiques, espèce cousine de taille plus imposante et parée d’outils qu’il rêvait de posséder. Il fallu lui expliquer de nombreuses fois dés son plus jeune âge, que cette forme agrippante et plus massive  ne lui serait accessible que dans de nombreuses lunes, si nombreuses qu’il ne pouvait l’imaginer. Car il en est ainsi des transformations et évolutions des corps et des êtres, il fallait du temps…

Quoi qu’il en soit, on se demanda aussi à l’époque s’il n’avait pas fait semblant de croire qu’il était pou et que ne pas accepter ce qu’il était vraiment, créa cette déchirure symbiotique qui l’amena à cet excès.

Le bel équilibre fut mis à mal… Le pou devenu fou se mit à malmener tellement les belles et douces mousses que les crustacés à bout de patience décidèrent de protéger leurs petits végétaux si essentiels et tant aimés.

Las et en colère de tant de résistance et d’incompréhension, le pou qui ne se calmait pas se jeta sur le premier être qui passa près de lui, qui lui, était de poils..

 

Roberto Nieto

Peu habitué à ce type de comportement et agacé par les trépidations effrénées du pou hystérique sur son épiderme sensible, celui-ci se gratta furieusement contre l’un de ces géants arbres qui paraît leur monde, espérant faire cesser cette gêne terrible qui commençait à lui monter aux naseaux..

L’arbre vénérable se plaignit à son tour que jamais il n’avait vu un tel sans-gêne, se secoua tant et si bien de toutes ses écorces épaisses, que le pou enfin éjecté atterrit dans les plumes d’un oiseau de paradis qui, affecté à son tour se frotta si énergiquement contre un rocher, que toute la montagne s’en plaignit.

Le capharnaüm ne cessa de s’amplifier ! Habitués à la douce harmonie nul ne savait comment gérer la situation et la colère, la panique envahirent tous ceux qui subirent les assauts du petit insecte déchaîné. Ceux qui ne les subirent pas tentèrent d’échapper à l’avorton hargneux.

Steve Tracy Photography

La belle harmonie terrestre éclatât en mille morceaux de grognes, de colères et d’agacements. Peu furent épargnés et tous ceux qui avaient des pattes, des ailes ou tout autre moyen de s’enfuir, le firent à grand fracas, dans un désordre indescriptible en quête d’un nouvel havre de paix.

Mais ils laissèrent derrière eux tous ceux qui ne pouvaient s’enfuir créant ainsi de grands vides dans l’équilibre du monde. Aujourd’hui encore chacun essaie de retrouver, de recréer ce canevas subtil.. Mais qui donc était avec qui ? Qui dépendait de qui ? …

Ce paradis avait été tel, que nul n’avait vraiment songé à se soucier ni à s’interroger sur cette trame parfaite qu’était le subtil lien naturel des uns avec les autres, cette symbiose que les énergies de la terre avaient su mettre en place au fil de millénaires de tâtonnements, d'essais, mais aussi d'épousailles pas toujours réussies il faut bien le dire....

Dés lors, le déséquilibre engendré modifia jusqu’aux paysages et de ce fait le temps, à tel point que les êtres merveilleux telle la Fille des Étoiles ne vinrent plus. Ce n’était plus cette terre de paradis où il faisait si bon venir  rêver.

Ce que devint le pou ? Nul ne le sait, mais chaque fois qu’une planète vit la dysharmonie, un « pou devenu fou » est suspecté… Alors autant vous dire que lorsque aujourd’hui encore, une mousse vous traite de « pou », ceci est une grande offense. Et il faut alors prouver qu'il n'y a aucun de ces êtres hideux dans sa lignée afin de ne pas être soupçonné.. Alors forcément il y a bien toujours un pou ancêtre quelque part… Leurs descendants ne se sont tout de même pas tous évaporés ?! Il se dit qu’ils se cachent depuis ce « grand chaos », au fin fond des grands marais... qu’ils n'osent toujours pas revenir après ce que l’un des leur a fait...

Mais n’y aura-t-il pas toujours un "pou" quelque part qui espérera que suffisamment de lunes soient passées, pour devenir cette "tique" aux si beaux outils qu' il rêvait tant de posséder …. ?

Persa.Sia

James R. Page